Témoignages: Ces choses qui coincent quand des lesbiennes voient un.e gynécologue

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Témoignages: Ces choses qui coincent quand des lesbiennes voient un.e gynécologue

Message par SweetAngel le Mar 18 Nov 2014 - 14:04

Sept femmes lesbiennes témoignent de difficultés rencontrées face à des professionnel.le.s de la gynécologie.



Après la diffusion du témoignage d’Anne-Sophie face à une interne en gynécologie aux compétences douteuses, nous avons lancé un appel à témoins pour donner la parole à d’autres femmes ayant rencontré des difficultés similaires face à des praticien.ne.s censé.e.s être à même d’accueillir toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Pour rappel, afin de limiter ce type de problèmes, un annuaire des gynécologues, médecins généralistes et sages-femmes respectant les bisexuelles, les lesbiennes et les personnes trans’ a été élaboré par les responsables du site Gynandco.

Les témoignages:
Sandra: «Elle revient avec un phallus et un préservatif»
Tiphaine: «Sur la cheminée: des photos du pape Jean-Paul II»
Françoise*: «Même avec un doigté profond, ce n’est pas pareil qu’avec un homme»
Camille: «Mademoiselle, vous êtes lesbienne, vous ne risquez absolument rien…»
Amandine*: «Une dénégation totale de ma sexualité»
Roxane: «Pour elle, je n’avais pas de relations sexuelles»
Anne: «Elle a été brutale, anormalement brutale»
 
Sandra: «Elle revient avec un phallus et un préservatif»
Il y a quelques années je suis allée voir une gynécologue dans le quartier de l’Horloge, je crois, à côté du musée Beaubourg à Paris, pour un problème somme toute bénin. J’avais dans les 27 ans, et comme je voyais cette praticienne pour la première fois, j’étais timide et assez nerveuse.

Je m’installe, elle fait sa petite cuisine, s’absente un instant et revient avec les résultats m’annoncer la bouche en cœur: «Oh mais mademoiselle, j’ai une excellente nouvelle: tout va très bien, VOUS ÊTES TRÈS FERTILE!» Au lieu d’un: «Madame, euh, je m’en fous un peu en fait», je me contentai d’un «Ah bon». Mais ma réponse ou mon envie d’avoir ou non un enfant l’intéressait-elle vraiment? Car la voici partie sur le sujet de la contraception et une enfilade de questions me plongeant davantage dans la gêne:

 -Prenez-vous la pilule?
-Non.
-Usez-vous d’un stérilet?
-Non.
-Un diaphragme?
-Non.
-Une cape cervicale?
-Non (je n’ai pas mal au cou, ai-je pensé).
-Un anneau?
-Non.
-Mais enfin, vous savez comment user d’un préservatif au moins?
-Mais docteur, euh…
Tandis que je cherchais comment lui formuler ma pensée malgré ma gêne, la voilà qui s’enfuit de son bureau pour revenir avec un phallus et un préservatif?!! Et la voilà partie: «Ah, là, là, alors je vous montre…»

N’en pouvant plus de l’absurdité de la situation et au fur et à mesure que je l’entendais accompagner sa démonstration d’explications telles que la possibilité de parfums fraise ou banane, je suis partie progressivement dans un fou rire. Très vite, celui-ci est devenu absolument incontrôlable. Vexée par mon comportement qu’elle a dû juger insolent, elle m’a donné congé avec empressement. J’ai retrouvé mes esprits peu à peu en rentrant chez moi, mais je ne suis pas parvenue pas à comprendre comment il est possible, dans une profession aussi spécifique que celle de gynécologue, de ne pas avoir une seule fois posé la question de mon orientation sexuelle. Évidemment je n’y ai plus jamais mis les pieds.
 
Tiphaine: «Sur la cheminée: des photos du pape Jean-Paul II»
Comme beaucoup de lesbiennes, pas concernée par la contraception et pas très enthousiaste à l’idée de me faire examiner, j’y suis allée pour la première fois assez tard vers 22 ou 23 ans. L’examen s’est plutôt bien passé, j’ai mentionné mon homosexualité mais la gynéco a insisté pour aborder le sujet de la contraception pour QUAND j’aurais des relations hétéros (comme si c’était inéluctable…).

Quelques années plus tard, juste après un déménagement, je ne connaissais personne pour me conseiller sur un praticien dans ma nouvelle ville (à ce sujet, le projet de liste blanche est génial), je me suis donc retrouvée par le hasard des Pages Jaunes chez une très vieille gynéco. Dans le cabinet, sur la cheminée: des photos du pape Jean-Paul II qui me regardait droit dans les yeux! Mal à l’aise, j’ai bien pensé partir mais vu les délais de rendez-vous, j’ai laissé tomber. Elle n’a pas bronché quand je lui ai annoncé être lesbienne, comme si elle n’avait rien entendu… Passage dans la salle d’à côté, et là, derrière la table d’examen: des icônes saintes!! Ambiance. Finalement, elle a tenu à me faire une échographie pour m’annoncer: «Vous avez de magnifiques follicules, c’est votre avenir!». Finalement, elle avait surtout l’air d’avoir très envie que je me reproduise, mais ça m’étonnerait qu’elle soit pour la PMA… Je ne suis retournée chez aucune des deux.
 
Françoise*: «Même avec un doigté profond, ce n’est pas pareil qu’avec un homme»
Ma gynéco sait depuis le début que je suis lesbienne mais me demande sans cesse si j’ai des rapport avec des hommes et pense toujours me faire mal. Elle me demande à chaque fois si elle peut utiliser le spéculum.

Un jour, on a parlé d’un vaccin pour le col de l’utérus. Elle m’a dit qu’il n’y avait pas de danger au prétexte que je n’ai pas de rapports avec des hommes, tout dépend si j’utilisais des objets!! Mais que même avec un doigté profond ce n’était pas pareil!!! Bonjour les termes mais c’est ce qu’elle m’a dit…!
 
Camille: «Mademoiselle, vous êtes lesbienne, vous ne risquez absolument rien…»
Je venais d’emménager à Bordeaux et je cherchais une gynéco pour une visite de routine. J’ai donc pris conseil auprès de mes amies. Les remarques étaient sensiblement les mêmes j’ai donc opté pour la plus proche de chez moi.

Rien à redire sur l’examen, aucune remarque désobligeante à l’évocation de mon homosexualité. Néanmoins, ayant eu plusieurs partenaires les mois précédents, j’ai profité de ma visite pour demander une prise de sang pour un dépistage (on n’est jamais trop prudent). Sa réponse: «Mais mademoiselle, vous êtes lesbienne, vous ne risquez absolument rien…» Je me suis donc retrouvée à expliquer à mon propre médecin que risques faibles ne voulaient pas dire nuls…

Dans le deuxième cas, avec une autre gynéco, c’est au moment de l’examen que l’incident a eu lieu. J’avais parlé de mon homosexualité quelques minutes auparavant et elle a eu le mauvais goût de faire une blague sur le fait que je n’allais pas être trop perturbée par le contact de ses doigts… L’examen s’est arrêté là.
Personnellement, je me suis longtemps demandé si j’avais la poisse avant de me rendre compte que les gynécologues manquaient cruellement d’informations et de tact pour leurs patientes lesbiennes. Les histoires s’accumulent et ayant beaucoup plus d’amies hétéros qu’homos, la description de leur gynéco n’est pas forcement identique à celle que j’en ferais…  La deuxième m’avait été décrite comme professionnelle et «douce» au moment de l’examen par exemple.

Un médecin n’est pas censé exprimer sa position sur la sexualité de sa patiente mais les gynécos semblent être au-dessus de ces principes. Peu de lesbiennes font des examens réguliers, et je ne suis pas sûre que seul le manque d’information en soit la cause. Ces examens sont deja suffisamment gênants, alors si en plus on doit répondre à la curiosité du médecin ou sentir une quelconque remise en question de sa sexualité à ce moment-là…
 
Amandine*: «Une dénégation totale de ma sexualité»
Je viens d’une petite ville de province; j’ai assumé mon homosexualité assez tardivement (vers 20 ans) et, n’ayant jamais eu de petit copain avant, j’ai réussi sans trop de mal à contourner la suggestion maternelle régulière visant à aller voir un gynéco… J’étais super angoissée à l’idée d’aller chez le gynéco, tant et si bien qu’il a fallu que j’attende un aléa dont je me serais bien passée pour en voir un.

Un jour, je me suis retrouvée à l’hôpital à cause d’un mal de ventre terrible qui durait depuis deux jours… On m’a placée en consultation avec un gynéco de l’hôpital qui m’a demandé sur un air entendu: «Vous avez déjà eu des rapports sexuels?» J’étais mal à l’aise et je voulais abréger la conversation donc je me suis dit évitons les questions sur la grossesse et je lui ai précisé: «Oui, mais pas avec des hommes»… Et là, le mec me répond d’un air dégoûté: «Ah bon, mais avec QUOI alors?!?» Je ne sais pas ce qu’il s’est imaginé (des rapports zoophiles peut-être??). En tout cas, je l’ai ressenti à la fois comme une dénégation totale de ma sexualité en tant qu’individu et comme une mise en équivalence de la sexualité lesbienne en général avec les pratiques les plus rebutantes et perverses qui soient. Cela m’a pas mal secouée et pas vraiment aidée dans mon apprentissage de la sexualité. C’était le milieu des années 1990. J’aimerais bien qu’on me dise que ça a changé.
 
Roxane: «Pour elle, je n’avais pas de relations sexuelles» C’était il y a deux ans pendant une visite gratuite organisée par la Sécurité sociale. Le médecin gynécologue ne m’a pas mise vraiment à l’aise…  Elle a regardé mon carnet de vaccinations et a vu que je n’étais pas à jour. Elle a donc décidé de me faire les rappels. Je lui ai dit que j’avais une phobie des piqûres. Elle m’a rétorqué qu’il n’y aurait pas de souci car j’avais assez de gras.

Elle a ensuite procédé à un examen gynécologique en m’avouant ne s’être jamais servi de spéculum. Elle m’a demandé de m’allonger lorsqu’elle a enfin réussi à trouver le fonctionnement du fauteuil. Je lui ai dit que je n’étais pas à l’aise. Elle n’arrivait pas à entrevoir le col et ça s’est compliqué lorsque je lui ai dit que j’étais lesbienne. Pour elle, je n’avais pas de relations sexuelles.

Du coup, j’étais encore plus crispée et énervée. Elle m’a demandé de me rhabiller vu qu’elle n’arrivait à rien. J’ai raconté cette mésaventure à mon médecin traitant qui lui a donné raison. Triste!
 
Anne: «Elle a été brutale, anormalement brutale»
J’avais pris rendez-vous avec une gynécologue du XIe arrondissement de Paris, mais on m’a déviée vers une autre, ce que j’ai accepté. Je m’étais préparée à répondre à la question de la contraception, mais elle n’est jamais venue, alors qu’il s’agit d’une question normale. Cette dame a commencé à m’examiner, mais elle me parlait mal et elle me faisait mal, ce qui était bizarre pour un médecin. Finalement, j’ai cherché à crever l’abcès en lui demandant directement: «Pourquoi ne m’avez-vous pas demandé quel est mon mode de contraception?» La réponse a fusé: «Parce que vous êtes homosexuelle!»

Je lui ai répondu: «Qu’est-ce qui vous permet de dire ça?» Elle m’a dit: «Parce que vous avez un hymen très resserré.» Une réponse étrange, parce qu’elle n’a constaté cela qu’au moment de l’examen, mais que même avant cela, elle n’avait pas posé de question à ce sujet. Je lui ai fait remarquer que je pourrais prendre la pilule. «Quand je vous ai interrogée, vous m’avez répondu que vous n’aviez pas eu de grossesse et que vous n’avez pas fait d’examen depuis quatre ans.»

On nageait en plein délire! Elle est devenue un peu agressive. Elle m’a demandé: «Pourquoi est-ce que vous me cherchez? Quand vous faites des sites internet [c'est mon métier], je ne fais pas de commentaires, moi.» À la fin de l’examen,on s’est quittées en termes polis, je l’ai payée et je suis partie. Elle avait été brutale, anormalement brutale. D’ailleurs, lors de la palpation des seins, elle n’a pas contrôlé les aisselles et la clavicule. J’ai cherché sur Internet ensuite et j’ai vu des avis négatifs à son sujet sur Yelp, notamment de la part de femmes qui n’ont pas de relations sexuelles avec des hommes.

Il y avait une part d’incompétence et d’homophobie dans sa façon de faire, j’aurais très bien pu être bisexuelle. Je ne retournerai jamais la voir. Cette femme a quand même des a priori qui faussent les examens. Elle est passée en mode subjectif. Avec d’autres gynécologues, j’avais pu constater un temps d’arrêt, mais là… Je la signalerai peut-être à ses collègues ou à l’ordre des médecins.
* Les prénoms ont été modifiés.

Photo Girls, saison 1 épisode 2

Publié par Julien Massillon

Source : http://yagg.com/2014/11/11/temoignages-ces-choses-qui-coincent-quand-des-lesbiennes-voient-un-e-gynecologue/


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